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Georges L. ZETER

Georges L. ZETER

Ici tout va bien, exceptée la réalité - Here? Everything goes well, except reality.


Vous r’prendrez bien un p’tit bout de Désert ?

Publié par Georges L. Zeter sur 25 Juillet 2013, 14:38pm

Catégories : #Un Con-Pétant!

Sahara---Apres-Regan---Algerie-1991-copy.jpg

 

Comment après un couscous trop bien arrosé au Sidi Brahim chez Makloufi à Bastille, je me suis retrouvé 1 mois et quelques + tard à Moscou avec escale à Tripoli en partant de Ouagadougou…  La terre tourne ronde pour ceux qui abuse des vins des coteaux de Tlemcen et de ses mirages…

 

Un de ces soirs-là de mai 1991, une bande de pote fête allez-savoir quoi ? Chez Makloufi c’est conviviale, on peut même entrer dans sa cuisine pour y piquer du rab.  Comme nous refaisons le monde, va savoir pourquoi un des branques présent nous narre son projet de traverser le Sahara en passant par Tamanrasset. Comme je ramène toujours ma science et que je devrais apprendre à la boucler, je lui rétorque « que passer par le Ténéré c’est un truc à touriste, d’ailleurs le Paris-Dakar en a fait sa ville étape, et  que la vraie traversée, celle des vrais chiens du désert se fait en passant par le Tanezrouft et blabla et blabla » tant et si bien que j’ai l’inconscience de relever le pari qu’avec mon pote Raymond nous passerons par Bordj Mokhtar, le Tanezrouft, Gao, Tessalit, Mopti chez les Dogons pour rejoindre Ouagadougou, et que l’autre voiture passera par Tamanrasset…  Tout ça en 504 Peugeot et on verra bien qui sera le + costaud… Et que j’ouvre magueule.

 

 

 

Le lendemain, assez tard dans la matinée, avec tête dans le fion suite aux libations y gueule de boa, je m’éveille. A l’époque c’est sur minitel que ça se passe. Il se trouve que pas loin du canal St Martin ou je squatte chez mon pote est à vendre une 504 Peugeot familiale.  J’y vais, la bagnole est impec, je paye 15.000 francs.

 

Les gros durs qui nous ont défiés le soir d’avant commencent à discutailler les modalités de ce pari foireux (ont-ils tort d’ailleurs ?), mais comme, Ray et moi sommes gonflés à bloc, et ben, dès le soir même on balance quelques fringues dans le coffre de la titine bleue France et en avant vers la traversée de la France en pleine nuit.  On roupille vaguement vers Toulouse, puis, traversée de l’Espagne d’un seul coup. Bateau à Gibraltar et Bonjour Tanger. On fonce comme si nous étions des repris de justice vers Meknès, Fès et passons la frontière Marocaine à Zouj Beghal, où les douaniers essayent de nous taxer : il y a une chose importante à savoir en Afrique lorsque l’on est Européen ; NE JAMAIS CEDER AUX DEMANDES DE « CADEAUX », car, si vous donnez 1 fois, les mecs avec les walkies talkies se passent le mot, et à chaque fois où vous serez arrêté à des « postes de control » on vous demandera un bakchich avec insistance ; donc, c’est un NON définitif, Laala en Arabe !

 

Arrivée à Tlemcen, capitale des coteaux des vins Algériens, on en reprend une belle, histoire de confirmer que le vin local est un vrai pinard des vins de l’Atlas. Et puis se biturer dans un pays musulman ça sent bon son petit côté interdit rebelle à 10 balles la bouteille.

 

On dort à Sidi Bel Abbès, joli bled où est né Marcel Cerdan, puis le matin on continu plein sud. C’est assez monotone sur pas mal de centaines de km, les « villes » défilent : Colomb Bechar, Adrar.  Dans cette ville nous faisons la fête avec des étudiants d’Alger, eux fournissent le shit, nous le Whisky.  On apprend que dans la capitale il y a eu des heurs et des morts, que les barbus ont tués des gens.  Mais tout ça reste anecdotique, ah jeunesse inconsciente…

 

 

 

Arrivée à Reggan, fin de la route. Là c’est du sérieux.  Nous devons nous présenter au poste de police.  A l’intérieur tous les murs sont couverts de photos polaroids de cadavres.  Le policier nous dit de bien regarder ces clichés, car, si nous avons des problèmes en plein désert l’armée Algérienne n’a pas les moyens de venir nous secourir, c’est à nos risques et périls.  Ambiance… D’autant que la pompe à essence de notre vaillante 504 pète.  Et c’est là, suite à cet incident que nous allons apprécier la solidarité, l’hospitalité incroyable de ces habitants du sud.  Dans bien d’autres bleds le garagiste qui est seul à Reggan nous demanderait une fortune pour changer la pièce, et comme nous n’aurions pas le choix, ce serait de banquer, ou d’abandonner la voiture et de prendre le seul avion qui atterri une fois par semaine.  Et-bien, ce brave garagiste non content de nous faire le tarif français (dans les 500 francs), nous héberge 2 jours et nous nourrit gratuitement en attendant cette pompe venue d’Alger.  Il faut dire que tout le long de la route ça a été comme ça.  A peine arrêté, des habitants de petits patelins viennent nous proposer du thé, des omelettes et il n’est pas question de payer. Encore aujourd’hui, lorsque je narre ce voyage je ne peux que citer la gentillesse, la générosité de ce peuple algérien qui nous a reçus à bras ouverts sans jamais vouloir tirer profit de notre ignorance du terrain.  Merci à vous chers amis du grand sud !

 

 

 

Obligation de partir en caravane d’au moins 10 véhicules.  Le lendemain matin vers 5 heures, car les journées commencent vers 4 heures pour se terminer à la nuit noire vers 20 heures, nous partons au milieu d’un tas de camions et 4x4 en tous genres. Très vite, nous-nous laissons distancer, et bientôt seul, sur cette planète appelée désert nous-nous déplaçons à 80 km heure.  C’est la vitesse minimum pour « survoler » la tôle ondulée, formée par les vents et qui secoue les véhicules jusqu’à les détruire si cette vitesse minimum n’est pas respectée.  C’est un apprentissage de conduire sur le sable. Toujours être en sous-régime, soit en 5ème et laisser la voiture rouler seule, ne pas utiliser les freins ; si en cas d’obstacle et bien s’arranger pour le contourner tout en ne changeant pas le rapport de vitesse ; tout en souplesse.  L’inconvénient c’est que le véhicule n’est pas très contrôlable et qu’en + 80 c’est assez vite, si derrière la dune il y a un gros trou, et bien, on tombe tout droit… En fait dans le Sahara il faut avoir du bol.

 

1ère nuit.  Il est moins de 20 heures, dans le coffre nous avons 100 litres d’eau, et sur la banquette arrière 100 litres d’essence. La bouffe c’est des « Bolino », des trucs séchés qui gonflent avec de l’eau.  La flotte que nous buvons a un gros gout d’eau de javel.  Puis, comme il fait froid, dans les 10 degrés, nous déroulons les duvets sur le sol. 5 minutes + plus tard, branlebas de combat, car nous sommes envahi par des scorpions et autres bestioles rampantes. La seule solution est de dormir sur le toit de la Peugeot… Vers 2 heures du matin nous tombons du toit, éblouis par des phares de voitures qui nous croisent a à peine 10 mètres et manquent de nous rentrer dedans… Il faut savoir qu’à cette époque, de nombreuses voitures de luxe étaient volées en Europe et acheminées par le désert en pleine nuit.  Les voleurs conduisaient comme de vrais dingues et suivaient la piste… Moralité, et il faut le savoir, ne jamais dormir en bord de piste, mais s’éloigner d’au moins 1 km pour ne pas en pleine nuit être tué par un chauffard. 

 

En plein milieu du Sahara algérien il y a un point d’eau appelé « bidon 5 », c’est apparemment un ancien poste de la légion. Là, lorsque nous arrivons deux mecs s’engueulent en Arabe.  Avez-vous jamais entendu des personnes se disputant dans cet idiome ?  Incroyable, dans une chaleur à + 55 à l’ombre, ils sont là à se cracher presque dessus, et de mouliner des bras ; et nous, ben, on est tellement cassés par la chaleur qu’on s’installe comme au spectacle. Ça dure, ça dure puis finalement on s’intéresse à nous.  Le plein d’eau, d’essence et en avant.  Faut savoir que dans ce désert il faut impérativement entre 11 heures du matin et 4 heures de l’après-midi s’arrêter de rouler.  Le thermomètre dans la voiture est monté à 70 degrés.  La solution c’est de faire un trou sous le véhicule, et d’attendre que ça passe… On cuit à petit feu en respirant un air brulant, saturé de poussière de sable en se demandant « Qu’est ce qui m’a pris de venir trainer mes fesses dans ce bled pourri ? »

 

 

 

Encore 1 jour et nous arrivons à Bordj Mokhtar. Ça devrait s’appeler trou du cul du monde Mokhtar. Un petit bled sur la frontière avec le Mali. Il fait si chaud au point d’avoir l’impression que notre cervelle coule par nos oreilles. On ira même les 2 jours passés là l’après-midi payer pour rester dans la chambre froide du boucher, coincés entre les quartiers d’agneaux et les poulets. C’est en arrivant au poste frontière qui se situe à quelques km que les choses se gâtent. Je devrais apprendre à la boucler comme je l’ai déjà dit.  Il y a la queue.  Quelques chameliers passent pour aller au sud, et de nombreux noirs tendent leur passeports pour entrer, ce qui pour eux est le paradis, en Algérie. Je n’ai jamais vu autant de racisme de ma vie. Les douaniers balancent à terre les passeports en arguant qu’ils se salissent les mains, et que tous ces nègres n’ont rien à faire en Algérie. Ca gueule, ça s’énerve et…  Je la ramène.  Le lieutenant se pointe et me gueule que c’est fini le temps des colonies et patati et patata.  Dans son bureau il veut que je paye des Dinars pour passer au Mali, je l’envoi chier.  Il nous interdit de traverser la frontière.  Mon pote a beau essayé de temporiser, rien n’y fait.  Nous somme comme deux cons plantés là, en plein cagna.  Ca durera 2 jours entiers. Nous avons le temps de voir comment les militaires s’occupent des clandestins ramassés dans le désert.  Ils les collent dans la remorque d’une semi-remorque en métal qui est en plein soleil, ils doivent cuire tout vivant là-dedans ; mais qui se soucis dans un tel patelin des conditions de ces malheureux, alors, que déjà tout ici manque.

 

Au bout du compte, c’est le lieutenant qui doit abdiquer.  Et nous laisse passer en tamponnant nos passeports et nous souhaitant bonne route…  Si nous avions payé, nous étions « mort » pour tout le reste du voyage, car, ici, on teste si vous avez des tripes ou non.

 

Direction Gao. Traverser le Tanezrouft est une entreprise de haut vol, d’autant que nous sommes au mois de juin, période des tempêtes de sable… Et ça ne loupe pas, dès le passage de la frontière le soir on voit nous arriver dessus un mur de sable qui galope en traversant l’horizon.  Soudain, nous sommes au centre, la lumière est d’un orange irréel, c’est beau ; la poussière malgré que nous ayons tout fermé entre dans l’habitacle.  Il ne nous reste que des chiffons mouillés à mettre sur la bouche et de subir.  Ca durera une grande partie de la nuit.  Une chaleur de four, les yeux plein de sable, le nez, la bouche… L’horreur.  Finalement le matin se lève, nous sortant de la bagnole qui doit être recouverte de 40 cm de sable, ensablée jusqu’aux essieux. Et désensabler un véhicule est un travail de forçat.  Mettre les bouts de plastic durs sous les roues, avancer de 2 mètres, creuser le sable, recommencer des 10, 20, 30 fois.  Epuisant !

 

A l’époque il n’y avait pas de GPS et de téléphone portables d’ailleurs.  Pour ne pas se perdre il fallait suivre précisément des gros bidons bleus disposés le long de la piste tous les 15 km.  Si au bout de cette distance indiquée au compteur il n’y avait pas de bidon, il fallait revenir sur ses traces et recommencer jusqu’à trouver la bonne route ; sauf !  Qu’à la suite d’une tempête de sable il n’y a plus de piste et de trace…  Nous-nous sommes senti bien vulnérable à cet instant, car plantés au milieu de nul part sans moyen de communication, avec 5 à 6 jours d’eau.  En regardant le soleil j’ai pris ce que je pensais plein sud et en avant.  Dans le Sahara il faut avoir du bol !  Ça a été le cas.  Alors que nous n’avions croisés absolument personne, juste devant nous une voiture roulait. Une 504 blanche immatriculée dans les Yvelines. On s’arrête et un homme d’une cinquantaine d’année descend.  Coup de bol c’est un bédouin.  J’ai oublié son nom, mais, jusqu’à Gao il nous a été d’un grand secours, car il connaissait le désert comme sa poche.  Nous avons affrontés 3 autres tempêtes de sable.  Notre traversée se passait pendant le Ramadan ; j’admirais cet homme qui respectait la non-consommation de boisson et nourriture pendant la journée ; faut vraiment avoir la foi dans cette fournaise pour respecter ces commandements. Le soir, il nous faisait un petit feu et un couscous seulement de semoule et une carotte pour 3 qui surnageait. C’est pourtant les meilleurs couscous que j’ai pu apprécier.   Un autre jour nous avons croisé un camion.  Là-bas, les passagers voyagent sur le toit.  En plein soleil, femmes, enfants, hommes, vieillards.  Personne ne se plaint.  Donc, ce camion est arrêté pour la pause de fin de matinée, je vois un jeune couple avec une petite fille.  Je leur propose de partager mes Bolino « hachis Parmentier ».  C’est un jeune instituteur qui part en poste au nord.  Il m’offrira, car c’est la coutume un couteau, taillé dans une plaque d’acier de la suspension de camion. Dans cette partie du monde tout le monde se doit d’être un bricolo de génie, rien ne se jette, tout se recycle, se transforme.  Encore aujourd’hui j’ai toujours ce beau couteau dans son étui de cuir.

 

Arrivée à Gao.  Je ne me souviens plus du tout du nombre de jours que nous avons mis pour traverser cette partie du désert.  Le temps est vraiment suspendu ; on perd tout sens des jours qui passent, seulement préoccupés par la nourriture, l’eau, le sommeil et la chaleur, le reste devient totalement accessoire.

 

Avant d’atteindre Gao, nous atteignons le fleuve Niger.  C’est magique de voir autant d’eau s’écouler alors que l’on vient de passer des jours, des semaines à se battre pour économiser ce précieux liquide. Il ne faut absolument pas piquer une tête dans ce fleuve !  Car, c’est dysenterie, vers cochon dans les pieds, infections assurées pour nous les blancs.  Nous ne possédons pas les anticorps des locaux, et dans l’eau et bien vivent un tas de petites bestioles qui ne demandent qu’à se développer dans nos organes, notre système lymphatique.  On regarde, on admire, mais on ne touche pas !

 

Le « camping » de Gao.  Mystère du téléphone arabe.  Lorsque je me présente devant la grille du camping, nous sommes interpelés par nos deux prénoms ?  Comment savent-ils ?  A cette époque, ceux qui traversaient connaissaient la fameuse douche de Gao.  Rien de vraiment luxueux, mais, une pièce sombre d’où coulait un filet du plafond.  Faut dire que la dernière douche avait été prise à Reggan… Donc, sentir ce liquide froid vous couler sur la peau était un vrai délice. Me concernant, j’ai découvert que la Djellaba était le meilleur vêtement du désert car il garde le corps au frais, quant au chechia, enroulé autour du crâne et cachant presque entièrement le visage c’est un incontournable.  Ne dépassait que mes mains, brulées par le soleil au deuxième degré, et mes yeux gonflés par une crise de conjonctivite due à la poussière et à la lumière très blanche du soleil. Il n’empêche, cette douche fut inoubliable, d’autant que je l’arrosais d’une bière Flag de 65 cl, ce qui est la norme ici.  J’ai pris ce jour-là la cuite la moins cher de mon histoire de fêtard.  Resté sous un régime sans alcool tout le long du parcours, cette bière bien fraiche m’assomma, et pendant un instant Laurence d’Arabie vint me saluer puis repartit sur son nuage à deux bosses…

 

Au diner, la Mama nous demande « poulet ou omelette » ; moi c’est omelette, Ray c’est poulet.  La Mama envoi un gamin attraper une volaille, appelé ici « poulet bicyclette », car, maigriot et tout en pattes, elle revient avec la bête vivante et demande si ça va comme ça ? Lorsque Ray acquiesce, elle tranche d’un coup sec avec une feuille de boucher le cou sur le coin de la table où nous devons manger… Ambiance… Ya du sang partout.

 

Nous décidons de « sortir ».  A peine dehors « ces dames » nous attendent de pieds, ou plutôt de fesses fermes.  Le Paris Dakar a eu entre autres dérives le soin de lors de ses passages à Gao de faire venir des prostituées des capitales avoisinantes.  Comme toutes ces belles n’ont pas trouvées clients, elles sont en rade et attendent qu’un « Toubab » veuille bien financer leur retour.  Et comme nous devons être les deux seuls Toubab à des milliers de km à la ronde, j’ai soudainement l’impression fugace d’être une star en villégiature.  Pris d’assaut que nous sommes.  Pour avoir la paix nous laissons deux beautés locales monter dans notre char, direction « la discothèque ».  Il faut dire qu’ici tout est « rustique »… Ces dames par exemple lorsque l’envie de pipi les prend, et bien font ça debout, dans les phares de la voiture histoire de ne pas se faire mordre les fesses par un reptile quelconque ; c’est folklorique à souhait, dommage de ne pas avoir pris des photos, ça aurait agrémenté mon bestiaire.

 

Par contre ici c’est le pays de la zik !  A donf, ça danse, frotte à réveiller les morts et les croques morts  Bref, le matin je me m’éveille avec une demoiselle dans mon lit, mais ne m’en veuillez pas si j’ai oublié son nom, ça doit être du pareil au même pour icelle.  Devant ma porte dort un gamin de 13/14 ans. Il a décidé d’être « mon boy ».  En Afrique de l’ouest c’est dans les habitudes. Tous les blancs doivent avoir un « boy ».  Pourquoi ?  Pour se prémunir des sollicitations incessantes venant de toutes parts, de vols et même d’agressions.  Ce jeunes gars en général est hyper débrouillard et vous protège.  D’une honnêteté sans faille, au point que vous pouvez lui confier vos papiers et argent, en fin de séjour vous paierez ce qu’il a été convenu + un joli pourboire.  Ça fonctionne comme ça, et ceux qui ont voulu faire autrement ont passés le pire séjour de leur existence.

 

Le pays Dogons. Se situe vers le sud Mali. Je ne vais pas vous faire le guide touristique, mais c’est hyper beau.  Nous avons pris la route Gao, Mopti en passant par Bandiagara et la grande falaise.  Bref, allez voir par vous-même.

 

Arrivé à Mopti deux choses.  D’abord y’a un grand Marabout qui vient nous accueillir, il est suivi par une cohorte de vautours… Ce sont ses animaux domestiques, comme bobone va promener le chiwawa.  Puis, c’est la coutume, il faut aller se présenter au chef du village avec un petit cadeau.  Comme nous sommes des Toubab, dans l’inconscient collectif je crois soupçonner qu’ils pensent que nous sommes tous un peu des médecins… On m’amène un grand mec qui s’est foutu un coup de coupe-coupe dans le muscle du mollet.  Ça grouille de vers blancs et la plaie est toute bleue. Je rassemble mon courage et y va de mon alcool à 90. Ether, eau oxygénée et mercurochrome.  Ce qui est fou, c’est que ce n’est pas infecté, le mec n’a pas un poil de fièvre, je ne vous dis pas les anticorps qu’il doit avoir le guerrier Peul.  Par contre lorsqu’il me dit son Age, fin de la trentaine, avec ses cheveux blancs et sa barbe blanche et moi n’ayant que quelques années de moins, je me souviens d’avoir lu que l’espérance de vie dans cette région était de 50 ans pour les hommes et 40 ans pour les femmes… Gâtés que nous sommes nous les blancs. Le chef voyant que je me démerde comme un docteur Schweitzer, nous offre le gite et le couvert.  Je vais aussi me retrouver à mettre des gouttes de collyre dans les yeux des mômes, et même essayer de soigner un furoncle.  Le diner chez les habitants est sans variance « le riz sauce » et là, ben accrochez vos papilles.  C’est une énorme plâtrée de riz, agrémentée de « sauce », ce soir c’est du sang de bœuf pris dans un sceau et agrémenté de plein de piment.  Il faut fermer les yeux, avaler la chose (le sang dans mon assiette me dégoute au plus haut point) et sourire en disant c’est bon, c’est bon et on vous en remet une autre plâtrée.  Ne jamais refuser.  Ils sont pauvres et vous offre le meilleur.

 

La « discothèque » nous tend les bras et c’est reparti pour un tour ; sauf que la table de mixage rend l’âme en plein frotti-frotta.  On m’y colle puisque je suis médecin, je dois bien être aussi ingénieur. Et miracle, en bidouillant la chose ça se remet en marche.  Je ne suis pas porté en triomphe mais presque.

 

C’est le matin que je recevrai la récompense de tout ce savoir.  Nous sommes attablés lorsque le Marabout apporte un sceau couvert par un linge. Il nous fait quelques incantations puis ôte le bout de tissu.  Une tête de mouton bouillie, avec deux grands yeux qui me regardent… Il a fallu gouter en retirant des morceaux de chair avec la pointe du couteau… Heureusement, nous n’avons pas eu droit à la dégustation des gros yeux, sinon, je crois bien que j’aurais préféré me faire lyncher.

 

Route – Mopti – Ouagadougou – C’est du Fesch-Fesch, des petits arbustes, des cailloux et de la piste infernale pleine d’ornières à y faire disparaitre des éléphants.  Ce qui étonne c’est que seules les femmes s’agitent.  Elles bossent dur les belles matrones africaines.  Des princesses des savanes, des cous élancés, des fesses qui pointent.  Et des bébés, des moutards partout qui pendouillent à leurs vêtements. De plus on les voit dans les champs, et dans les villages à piler le sorgo et que je te bosse.  Ces messieurs eux peignent la girafe, tire sur le calumet de la paix et tapent sur tous les instruments musicaux à portée de la main. Ce n’est pas un cliché, c’est ce que j’ai observé tout le long de la route.  Mais d’aucuns diront que tout le monde n’est pas comme ça, et ce à quoi je répondrais « ben oui »

 

Arrivée à Ouagadougou, dit Ouaga. Ça fait tout drôle de se retrouver en pleine civilisation, déconnectés que nous  fumes par ce périple.  Direction hôtel Président, un genre de Novotel version locale.  Ah ! Cette douche, ce lit avec ces draps, ces meubles, cette odeur de propre ah !!! Nous avions trimbalé tout le long dans le coffre une bouteille de Sauternes et une boite de foie gras.  A table sous les ventilos nous dégustons. Dehors y’a un sacré bazar. Ça s’agite et tintamarre.  Nous apprenons que les partisans du président Blaise Compaoré se tabassent avec des opposants car les élections approchent.  Et que tous les vols Air France sont reportés à une date ultérieure. Merde alors, et mille cacahuètes !  Nous devons vendre cette brave 504, et avec le pognon nous payer nos billets retours. Il ne reste plus que l’Aeroflot qui décolle de la capitale.  Pour faire encore plus fort j’ai sur moi mes papiers français, mais pas le passeport et seulement mon passeport américain… Ça va être facile de foutre le camp.

 

Technique de vente : Les africains sont des gros roublards.  Ils vous filent rencard à midi pile, en plein cagna histoire de vous ramollir la cervelle, ils apportent des grandes bières bien fraîches tout en vous faisant écouter à plein pot de la musique Arabe, ils savent que ça nous énerve et même un joli petit pétard histoire de sceller l’amitié entre les peuples.  Puis, 30 minutes plus tard, le marchandage commence.  Comme vous êtes complètement cassé, vous vous faites empapaouter jusqu’à l’os en ayant l’impression d’avoir œuvré avec les meilleurs potes du monde.  Sauf, que si vous connaissez la technique, ben c’est eux qui sont la tête dans le cul et au final vous les niquez.  En Afrique il y a l’amitié (vraie) et le business (vrai aussi) où on ne fait aucun cadeau.  Comme aux Estados Unidos, des gangsters, mais sympas!

 

Départ pour Moscou.  Dans les rues ça se tabasse sec, on entend des coups de feu.  L’est temps de plier bagages. On va à l’ambassade d’Union Soviétique. Pour un Ricain, je suis assez bien accueilli, et mon tampon pour la patrie des Soviets fait très « un nudiste dans le boudoir des sœurs de la charité ».  C’est incongru la faucille et le marteau sur le carnet à étoiles d’oncle Sam. Bref, on a les tickets, les visas et cætera.

 

A l’aéroport, c’est un binz pas croyable. Tout le monde veut se casser car ça respire la révolution qui va laisser sur le carreau en premier ces Toubab pleins aux as.  Les douaniers fouillent nos valoches (ils vont me piquer des fringues et 1 appareil photo), c’est le prix du départ, la taxe d’aéroport quoi.

 

Le zinc Aeroflot sent bon son désigne soviético-relou.  Et on atterri à Tripoli.

 

Rien qu’à survoler, n’a pas envie de toucher le sol. C’est sinistre. On touche tout de même le tarmac et attendons bien deux heures à crever dans la carlingue. Puis des mecs à tronches de tueurs investissent le zavion et prennent les passeports… Le mien avec marqué en Gros « USA » = Gros connard de gringo me stress à mort.  Mais non, pas de traitement de « favor ».  Nous sommes véhiculés dans un hangar, sans chaise, sans fauteuil. Et nous attendons. Assis sur le ciment, pas d’eau, pas de bouffe ; Welkom to Kadhafi Land !  Il doit bien se passer 3 ou 4 heures, puis, re dans le bus, re dans l’avion, les passeports sont rendus et hop, décollage vers des cieux bien meilleurs.

 

Moscou, le bordel noir. Arrivé aux aurores, pas de mec de l’émigration en vue.  Faut attendre au buffet de l’aéroport, où y’a pas moyen de se faire servir un café ou quelques choses à manger.  Je prends la direction des opérations car j’ai la dalle et entre dans la cuisine de la cafeteria.  Les « babas » le foulard noué sur la tête s’en balancent totalement de notre intrusion, et reste le nez dans leur bol de thé.  On attrape des brocs de café, de thé, du pain et de la margarine et allons festoyer.  C’est ça le pays du partage.  Les serveurs/serveuses sont presque aussi nuls qu’en France ; rien à battre du client.  Donc, le client se démerde.  A observer les allés et venus des gens dans l’aéroport il y a un truc qui choque.  Des nanas supers belles, classes, et des mecs édentés, sales comme de pouilleux et bourrés comme des coings à 6 heures du matin. C’est là, où on se rend compte des ravages de la Vodka sur les masses laborieuses et masculines de ce pays… Et ça ne s’est pas amélioré depuis.

 

Puis, enfin, le défilé devant l’émigration, et le taxi pour l’hôtel Europe. Une nouvelle aventure qui débute et que je tairais par pudeur…

 

 

 

Voilà, demain, je pars en Albanie en bagnole, puis les Balkans, cette fois ci en Citroën Zx de 1991… Hey, la roue tourne, pourtant de la même année.

 

 

Bonnes vacances à tous et même au Sarko’s !

 

 

Georges Zeter/Juillet 2013

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