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Georges L. ZETER

Georges L. ZETER

Ici tout va bien, exceptée la réalité - Here? Everything goes well, except reality.


Une Bolshevik Hallucination: Soy Cuba !

Publié par Georges Zeter sur 13 Mars 2012, 01:27am

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Il y a presque 20 ans, en 1994 j’ai trouvé et vu le « plus beau film du monde » - Soy Cuba, (ou I am Cuba, ou Ja-Cuba) un film de propagande sur la révolution cubaine tourné par Mikhaïl Kalatozov.
Ce n’est pas le fond qui m’a envouté, car, tous les protagonistes marchent vers un « monde meilleur » et se retrouveront sur la place de la révolution à la Havane afin de célébrer Castro et ses barbados ; mais c’est la forme, son esthétique incroyable. Des noirs et blancs jamais vus. D’ailleurs il coure selon un de mes amis bien informé une histoire selon lui, que le laboratoire Eastman construit en Allemagne de l’Est aurait brulé quelques temps après la fin du tournage et que la formule chimique de la pellicule aurait été perdue ; aussi que cette pellicule serait venue d’un stock militaire Russe, et aurait servie à filmer la face noire de la Lune lors d’une mission d’observation… Je ne sais pas quel crédit apporté à cela ; certain, c’est que cette pellicule pouvait être poussée dans ses derniers retranchements, et que la photo finale est absolument incroyable dans ses contrastes  (breath taking). Un tournage épique de 14 mois, même coincé pendant un temps par la crise des missiles, des plans de camera et surtout les mouvements de Dolly (le steadycame n’existait pas à l’époque) sont a certains instants impossible à comprendre ; des systèmes de machinerie par câble très élaborés. Comment toute l’équipe caméra a-t-elle réussit à tourner tel ou tel plan reste pour moi encore un mystère. Le timing parfait, avec des focales qui rendent les fonds de champs lisibles, des plans séquences qui durent, qui durent sont d’une parfaite beauté, où l’esthétique est au service d’une rigueur de professionnels aguerris certainement par « à la façon de » du cinéma soviétique ; Eisenstein étant le fer de lance.
   

 

Un grand réalisateur a entre autre comme talent de savoir choisir son équipe : l’assistant caméra joue le rôle de l’étudiant assassiné, la script girl joue un rôle important et même un des machinistes devient un des révolutionnaires ; ce film fut pour beaucoup une épopée. Kalatozov avait comme chef opérateur/cadreur - Un génie de la photo Sergueï Ouroussevski qui fut aussi indispensable à Kalatozov que Sven Nykvist le fut pour le grand Ingmar Bergman. Ils tournèrent beaucoup ensemble dont le chef d’œuvre: « Quand passent les cigognes » seul film Soviétique à avoir gagné la Palme d’or à Cannes (1958)

 

C’était pour mon anniversaire le 17 septembre 1994, je vivais à San Francisco et un ami Mark Fisher, un scénariste Hollywoodien, m’offrit une cassette VHS du film « Soy Cuba » ; il en avait obtenu une copie en passant une soirée chez des amis à Los Angeles où il avait fait pote avec un invité âgé qui se présentait comme ingénieur du son. C’était celui qui avait fait les prises sur le film 30 ans au paravent, il avait été à l’époque un « refuznik », un qui s’était évadé du paradis des Soviets. Il était parti à New York, puis était venu à Hollywood. C’est seulement à la fin du Soviet suprême en 1992 qu’il retourna à Moscou et je ne sais pas comment avait rapporté avec lui une copie du film.  Francis Ford Coppola et Martin Scorcèse étaient tombé dessus et l’avaient présenté au festival du film de San Francisco en 94. J’y étais d’ailleurs et avait vu je me rappelle un film français génial : « Chacun cherche son chat ».
 
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Dans la distribution de Soy Cuba est un acteur français, Jean Bouise. Et j’aimerais lui passer un petit bonjour ! Lorsque vous allez sur des sites pour acheter ce film, jamais son nom n’est mentionné, ce qui prouve une fois de plus dans quelle époque d’ignorance crasse nous vivons. Jean Bouise un acteur tout en finesse, un homme d’une grande culture. Je l’avais rencontré quelques années avant sur le tournage : « le dernier été à Tanger », j’adorais le midi pendant le déjeuner m’assoir à coté de lui et l’écouter parler de tous sujets, c’était un homme passionnant, perdu au milieu d’un tas de cancres… C’est pour cela aussi que j’ai quelques mansuétudes concernant Luc Besson qui le fit travailler sur beaucoup de ses films.
La distribution de ce film inclus la très belle, Luz Maria Collazo Reyes, LA plus grande chorégraphe et une des meilleures danseuses cubaines, Sergio Corrieri un grand acteur de la troupe du théâtre national de Cuba, il participa même à l’expédition Castriste en Angola, Roberto Garcia-York, s’évada de Cuba en 1964, il devint artiste peintre à New York et mourut à Paris en 2006, Mario Gonzalez Broche, ne tourna que dans Soy Cuba, et enfin, Raul Garcia, purgea 17 ans de prison à la Barbade pour trafique de drogue.   Ce film à sa sortie fut rejeté par le public Cubain et Russe. Nous étions en pleine guerre froide et les Etats Unis l’interdire.  Il lui fallu donc attendre 30 ans avant sa seconde vie.

            
    
En 2004, un réalisateur brésilien Vicente Ferraz tourna un documentaire « I am Cuba, The Siberian Mammoth » qui donne pas mal de réponses aux questions concernant ce film. Ce qui est intéressant dans ce documentaire c’est de voir la réaction des survivants Cubains de ce tournage qui découvrent la cassette vidéo en 2004. Ils ne savaient pas que Soy Cuba qu’eux avaient complètement oublié croulait sous les vivats d’une critique enthousiaste à travers le monde, ils admettent toutefois qu’à différents niveaux, ce tournage fut l’aventure de leur vie ; un des technicien dit : « merci de me donner cette copie car c’est un patrimoine d’une valeur incalculable »

Il en ressort aussi que ce chef d’œuvre du 7ème art est considéré aujourd’hui comme la pierre angulaire du cinéma des Caraïbes, a influencé tous les directeurs photo, tous les cadreurs.  Pour une seule fois à ma connaissance c’est le Chef opérateur Sergueï Ouroussevski qui est resté dans l’histoire du cinéma ; le réalisateur, Michaël Kalatozov est totalement oublié par les générations suivantes.

En 2004 Soy Cuba reçu à Cannes le Prix du Jury « Découverte » (faut rire !) pour la version rénovée sur DVD.

Synopsis[1]
La Havane, 1958 sous le régime de Batista. Corruption et luxure règnent en ville tandis que de riches propriétaires exploitent les malheureux paysans dans les champs de canne à sucre. Les révolutionnaires partisans de Fidel Castro se regroupent et préparent la révolution.

 

 

Je me dis, moi qui aie essayé de tourner mes propres films : après un film comme Soy Cuba, on peut mourir tranquille avec le sentiment du devoir accomplie, de n’être pas passé sur cette terre incognito ; en bref ce fut une  très belle « Bolchevik Hallucination »

 

       

Voilà, si vous aimez le cinéma, et la belle photo c’est pour vous, quant aux autres… Il y aura toujours  « La vérité si je mens »

 

 
Georges Zeter/Mars 2012
 
Réalisation: Mikhail KALATOZOV
Scénario : Evgueni EVTOUCHENK, Enrique PINEDA BARNET
Images : Sergueï OUROUSSEVSKI
Musique : Carlos FARINIAS
Production: Mosfilm, IKANIK (Cuba)

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