Tous les trois ans, lors de la sortie du classement Pisa, la France se prend une déculottée magistrale et chute, chute, chute dans les classements internationaux.
Rappels : c’est une étude internationale menée par l'OCDE. Elle teste des élèves de 15 ans dans plus de 80 pays en maths, lecture et sciences pour évaluer leur capacité à appliquer leurs connaissances à la vie réelle et comparer l'efficacité des systèmes éducatifs.
Entre 2003 et 2022, la situation s'est nettement dégradée pour la France : une perte de 37 points en maths et 30 en écrit, soit l'équivalent d'un an de scolarité perdu à 15 ans. C’est un recul international marqué, du passage du haut du tableau à la simple moyenne. La France est descendue de 9 places parmi les pays riches de l'OCDE, de 13ᵉ à 22ᵉ.
En 2026, le pays s’est encore effondré : 27eme…
Pourtant les moyens financiers sont mis sur la table : la France dépense environ 12 500 € par an et par élève dans le secondaire, soit 15 % à 20 % de plus que la moyenne de l'OCDE.
Où se situe donc le paradoxe ? Il y aurait apparemment un problème d'allocation : cet argent finance un volume horaire important et des options lourdes au lycée. Cependant, les salaires des professeurs et leur formation ne suivent pas, ni la réduction de la taille des classes, qui restent les plus chargées de l'OCDE.
En bref, l'Éducation nationale a réussi l'improbable exploit de payer le prix fort pour produire du retard scolaire. Investir toujours plus d'argent pour récolter toujours moins de résultats : un chef-d'œuvre de rentabilité à la française qui mériterait, lui aussi, d'entrer au classement Pisa du « comment payer plus pour obtenir moins » !
Une explication ?
Ce serait dû principalement au poids du niveau socio-économique des élèves : point de fragilité le plus souvent souligné par les rapports PISA. La France figure parmi les pays où l'origine sociale influe le plus sur la réussite scolaire. L'écart de performance entre les élèves issus de milieux favorisés et défavorisés y est nettement supérieur à la moyenne : 100 points d’écart, contre ~84 dans l'OCDE, ce qui équivaut à 3 à 4 ans de retard scolaire à l’âge de 15 ans.
En clair, il y a les écoles et lycées des beaux quartiers de grandes agglomérations qui attirent la crème des enseignants et des élèves, et les « autres » ; l’énorme majorité des établissements, qui pâtissent d’inégalités territoriales dues à une concentration de difficultés scolaires dans des zones où les ressources manquent, où il y a pénurie d'enseignants et un climat scolaire tendu : des difficultés de recrutement, des classes surchargées et des problèmes de discipline qui altèrent les conditions d'apprentissage. Et plus largement, les habitudes du numérique et la hausse du temps d'écran, provoquant le recul de la lecture de plaisir au profit d'une « lecture hâtive — scrolling » impactant la maîtrise de la langue et la socialisation.
Il faut ajouter que c’est aussi une crise occidentale globale, car la chute de la France s'inscrit dans un recul général de l'Occident (Allemagne et Finlande comprises) face aux ravages des écrans sur l'attention. Mais là où les autres pays tentent de limiter la casse, la France aggrave cette crise cognitive en accentuant les inégalités sociales entre ses élèves.
Suite à ce constat de société, les mesurettes annoncées par une succession de ministres de l’Éducation nationale se succédant paraissent bien pâlottes, sinon superfétatoires…
D’autres explications ? Alors comparons !
Pour avancer dans le classement des joueurs de tennis, il faut se mesurer au top afin de se remettre en question et apprendre. En faisant cette analogie, voilà ce que nous aurions en nous comparant aux champions de PISA — Singapour, Finlande, Corée du Sud, Estonie et c’est un contraste saisissant sur quatre points :
(Pour les comparaisons chiffrées, les données concernant les autres pays sont présentées lorsqu’elles sont disponibles sous forme de moyennes OCDE.)
1. La formation des profs
En France : Le passage à Bac+5 a surtout augmenté le niveau de diplôme académique, mais sans renforcer l'apprentissage pratique ni la rémunération initiale. Résultat : une perte d'attractivité, une crise du recrutement et une formation continue quasi inexistante.
Dans le Top PISA : Le Master est obligatoire depuis longtemps, mais il est ultra-sélectif (seuls les 10 % des meilleurs postulants sont pris). La formation est à 50 % tournée vers la pédagogie du terrain, le travail en équipe et la recherche. Surtout, les profs sont formés et bien rémunérés tout au long de leur carrière afin d’adapter leurs méthodes.
2. La vétusté des locaux et l'environnement de travail :
En France : La gestion est partagée (communes, départements, régions, Éducation nationale) et crée une bureaucratie verticale où la rénovation thermique, l'isolation phonique ou l'équipement informatique prennent des années à se débloquer. L'environnement physique se dégrade souvent dans les zones défavorisées.
Dans le Top PISA : Les écoles sont des espaces modernes, lumineux, pensés pour le bien-être et le travail en petits groupes. Tout est entièrement digitalisé pour offrir un cadre motivant tant pour les élèves que pour le personnel.
3. L'administration tentaculaire (« Le Mammouth »)
En France : Pour 100 personnes financées par l'Éducation nationale, une proportion énorme travaille dans l'administration centrale et académique plutôt que devant les élèves : 74 % d'enseignants (sur les 1,2 million d'agents, soit 890 000 devant les élèves) et 26 % de personnels non-enseignants, ce qui représente environ 300 000 personnes (direction, administration, gestion, vie scolaire, santé, social, AESH). Toute décision tombe d'en haut — ministère, recteur, inspecteur, chef d'établissement — avec une autonomie très faible sur le terrain.
Dans le Top PISA : L'administration centrale est ultra-réduite. Les établissements et les équipes pédagogiques disposent d'une immense autonomie pour gérer leur budget, adapter les programmes aux besoins locaux et recruter leurs équipes. Il n'y a pas d'inspection punitive mais de l'autoévaluation.
4. La culture du « ne changeons rien » (L'immobilisme corporatiste et politique)
En France : Chaque tentative de réforme majeure se heurte soit à la rue et aux syndicats, soit aux changements d'orientation politique à chaque changement (nombreux) de ministre. La peur du changement paralyse le système.
Dans le Top PISA : Ces pays ont bâti un consensus national transpartisan sur l'éducation. Les réformes se font sur 10 ou 15 ans avec un cap fixe, guidées par les données scientifiques et non par les dogmes politiques ou l'affichage médiatique.
Au terme de ce comparatif, le constat est sans appel : Là où les ténors du classement PISA misent sur l’autonomie des établissements, le respect du corps enseignant et un cap stratégique gravé dans le marbre, la France s’obstine à injecter des milliards dans une machine grippée : une bureaucratie centralisée qui étouffe l’initiative, une formation déconnectée du réel et une valse de réformes jetables qui épuisent le terrain sans jamais rien résoudre. Et ce n’est pas depuis les bureaux feutrés du ministère qu’on s’en rend compte, mais bien sur le terrain.
Un constat (qui n’est pas à l’amiable)
Ce billet est écrit par un enseignant capable de transmettre en anglais, français langue étrangère (FLE), en HGGSP (histoire, géo, géopolitique et sciences politiques), jamais titulaire, souvent listé durant les examens comme « le remplaçant », et le fait que je sois un Franco-Américain ne m’a jamais valu de faveur comme « natif »… J’ai eu la chance durant longtemps d’enseigner à l’étranger, en Asie, Amérique du Sud, Maghreb et surtout en Afrique de l’Ouest où j’ai été successivement directeur d’école maternelle et primaire, puis proviseur et enfin professeur de littérature américaine et d’histoire-géo pour des établissements sous AEFE. Bref, je connais donc assez bien la musique ! Alors…
Pourquoi ne pas transmettre ce papier écrit par un modeste prof hors cadre au ministre de l’Éducation nationale de passage, qui, s’il sait encore lire pourrait trouver inspiration, et s’il est courageux, par miracle, soyons optimistes, donnera un grand coup de tatane bien placé sur le postérieur du « mammouth » afin de le faire bouger d’un infime millimètre…
Ce serait un début, non
Georges ZETER/ septembre 2026
https://www.youtube.com/watch?v=QM_U6jbhbh4
Les sources :
Chiffres PISA, performances et recul (OCDE)
Résultats PISA 2022 / 2026 :
Profil France & baisse de points (Maths, Lecture, Sciences) :
Dépenses éducatives et coût par élève (DEPP / Ministère / OCDE)
Regard sur l'éducation (OCDE) — Dépenses par élève dans le secondaire :
Rapport "Repères et références statistiques" (DEPP) :
Écarts socio-économique et déterminisme social
Note d'information OCDE sur l'équité et le milieu social en France :
Inégalités sociales et scolaires (CNESCO) :
Effectifs, taux d'encadrement et bureaucratie ("Le Mammouth")
Bilan social du ministère de l'Éducation nationale (Répartition 74 % / 26 %) :
Taille des classes et ratio élèves/enseignant (OCDE - France vs Moyenne OCDE) :
Temps d'écran, scrolling et lecture de plaisir
Rapport de la Commission Écrans (Enfants et Écrans) :
Étude CNL (Centre National du Livre) sur les jeunes et la lecture :
Réseau d'enseignement français à l'étranger (AEFE)
Cartographie et statut des établissements du réseau AEFE :
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