Déshumanisation, rentabilité, opportunités de business, le 3e âge est devenu un champ d’irrespect pour nos anciens. Ces millions de seniors hors maisons de retraite, qui par choix ou obligation restent chez eux et doivent passer par l’aide à domicile ; aide gérée par des associations à but non-lucratif ou par des « investisseurs » qui s’enrichissent.
Un rêve pour les personnes âgées : vieillir à la maison, dans un lieu familier, entouré de ses meubles, de ses souvenirs. Près de 1,4 million de seniors dépendants vivent ainsi chez eux. La moitié bénéficie d’aides publiques : chaque année, 5,6 milliards d’euros sont dépensés en aides pour ces personnes.
Maltraitance des héroïnes du quotidien. C’est une brigade de cinq cent mille aides ménagères et auxiliaires de vie, des femmes, se dévouant, mal payées, maltraitées et précarisées. Ces braves travaillent toujours dans l’urgence, doivent s’occuper de l’hygiène, des repas, du ménage, des prises de médocs et autres taches annexes. Souvent, pour aller d’une personne à l’autre, il y a 1 heure de transport en commun dont les tickets ne sont pas remboursés et ni le temps de transport. Souvent, les emplois du temps commencent tôt avec une coupure en journée, puis des visites le soir. Tous ces efforts pour gagner au mieux 1 000 euros mensuels. Le sentiment qui en ressort, est que ces femmes trouvent qu’elles font un travail bâclé, à la chaîne et où le rapport humain est devenu à minima ou inexistant. Il faut produire du temps facturable sans tenir compte de l’état de la personne chez elle, car le chronomètre tourne. Pour être bien compris prenons l’exemple d’une matinée d’Annie dans le documentaire joint : à 8 heures du matin elle pointe sur son téléphone et a 30 minutes pour faire la toilette, l’habillage et le petit-déjeuner… Annie doit un peu bousculer la vieille dame en lui disant de se dépêcher, car il y en a d’autres qui attendent. Elle part à 8 h 41. Sa prochaine « intervention » et non pas (visite) est programmée pour 8 h 45. Elle admet que c’est rare qu’elle arrive à l’heure chez des personnes qui pourtant l’attendent et dont elle sera l’unique présence de la journée. Si bien qu’en fin de matinée, c’est la dernière cliente, une dame, qui en fait les frais. Elle doit servir le repas et surveiller qu’elle n’avale pas de travers. Elle n’a qu’une demi-heure ce qui est bien trop rapide. La pauvre vieille dame est obligée d’avaler ses lasagnes à toute vitesse, mise sous pression par Annie qui a reçu l’ordre de ne pas partir tant que le repas ne soit terminé. Comme nous confie Annie, bousculer une personne lorsqu’elle mange ce n’est pas bien, et j’ajouterai que cela ressemble à du gavage d’oies ! Voici, succinctement la vie de ces héroïnes du quotidien jamais mentionnées par les édiles. Elles sont un demi-million et n’existent pas, il en va de même des Atsem de l’éducation nationale si nécessaires à nos petits. Elles furent les grandes oubliées de la prime Covid de 1500 euros, alors que les soignants de l’hôpital, les caissières et les éboueurs eux en bénéficiaient. Ces petites mains si utiles durant le Covid et après restent les fantômes de cette république d’égalité et de fraternité… Et de mépris pour tout ce qui ne brille pas.
Maltraitance des associations. Elles sont à but non-lucratif et doivent jongler avec la quadrature du cercle, tout en essayant au mieux d’aider les personnes âgées. Le grand souci de ces structures est : le recrutement et le fonctionnement du planning journalier. Franchement, qui veut parmi les jeunes une telle carrière. Quant au quotidien ? Il y a toujours chaque matin des aides à domicile qui manquent à l’appel. Cela a des conséquences graves sur les personnes en besoin, car il n’y aura ce jour-là ou les jours suivants, ni repas, ni toilette et ni visite. Ces situations d’absences sont permanentes : incapacité de travailler, maladie, burn out etc. Une responsable du planning confie à la caméra : "sur 66 aides, 35 sont en arrêt ce matin"… Le journal, L’Humanité avait enquêté et découvert que le secteur de l’aide à domicile était le champion des arrêts de travail selon une étude de l’assurance-maladie. Pour 1000 salariés, 97,2 accidents comparés aux 56,8 dans le BTP… Le ministère du travail a détaillé les risques du métier : risques physiques, postures de travail, manutention, souffrances mentales et dépression. C’est le département qui décide du plan d’aide. Robert sauvage Président de l’Hadapah du Nord, interrogé sur les horaires chronométrés répond franchement : « Sur une demi-heure de temps, on arrive à être maltraitant, j’ai pourtant fait remonter le problème, mais personne ne s’en soucis beaucoup. » En fait le département décide des horaires, mais le conseil départemental lui des finances. Et là, un autre président, Mathieu Klein, qui lui aussi regrette cet état de fait et reconnaît avoir les mains liées. Chacun se renvoie la patate chaude, pendant que les femmes triment et que les vieux attendent ou payent de leur poche.
Maltraitance des personnes âgées. Comme mentionné plus haut il y a donc les absences des aides à domiciles qui font que certains jours le service est absent. Si ce n’était que cela… Au nom de « l’efficacité » et des économies, s’est installé dans la département de la Somme un système pervers. Court-circuiter les associations, car coûtant trop chers en locaux et salaires et faire directement transiter le budget départemental vers les auxiliaires de vie. Un esprit créatif a fait que les personnes âgées doivent devenir l’employeur direct de leurs aides, ce qui fait qu’elles deviennent des patrons : il faut prévoir des contrats de travail, des fiches de paye, des congés payés, l’URSSAF et de la gestion du personnel. Le « cerveau » de ce binz est le président (un autre !) du conseil départemental de la Somme, Laurent Somon. On a affaire avec un technocrate ne faisant pas dans le sentiment. Lorsqu’on lui demande pourquoi il a chamboulé le système en place, il répond « la population de personnes âgées augmente, on s’aperçoit que les gens vivent de plus en plus vieux, il faut donc des efforts supplémentaires et les budgets étant restreint, il a fallu avoir de l’efficience sur chacune de nos politiques. Lorsqu’une personne âgée est l’employeur cela coûte moins cher que lorsque c’est une structure associative. » Le président est fier d’annoncer qu’en fonctionnant ainsi, il fait 1 million d’économies, sans prendre en compte les réalités du terrain. Tout le monde, n’est pas capable de devenir patron, même d’une seule employée. (Regardez dans le documentaire, minute 28, le cas de Michelle, 91 ans). Des protestations ont été adressées au sire Somon, qui est resté muet. Par contre, les sanctions tombent, pour ceux qui refusent. Les aides sont carrément coupées ! Toutes ces manœuvres se retrouvent dans les mains d’avocats et finalement, les allocations sont rétablies. La reforme Somon a eu un effet pervers inattendu : être patron, c’est aussi licencier son salarié et pour ça, il faut connaître la loi… Et en avant les procès aux prud'hommes entre les retraités/employeurs et les employés/aides, avec condamnations des 1ers à coup sûr. Comme on peut le lire, une fois de plus, on s’est déchargé sur ces personnes faibles pour leur demander de remplacer ce que l’état aurait dû faire pour elles, car, sans formation et certainement n’ayant pas l’énergie pour. Ce Laurent Somon j’espère bien lorsqu’il sera vieux recevra la pareille, afin qu’éventuellement, il puisse comprendre… Mais vu le bonhomme aujourd’hui, il y a peu de chance.
Les faiseurs d’argent. Bernard Bensaïd… Les difficultés financières des associations d’aides à domicile attirent des repreneurs qui inventent ainsi un nouveau business model. L’un d’entre eux connaît une croissance fulgurante, le sire Bensaïd qui dirige DocteGestio, un groupe qui a fait 400 millions de CA en 2017. Sa spécialité est la reprise d’association en faillite. Ex-prof agrégé de sciences éco, fière de lui-même, il aime être comparé à Bernard Tapie. Ses promesses en reprenant une asso est de garder 100% de l’effectif en place. Des journalistes ont fouillé un peu et il s’est avéré qu’à part être beau parleur aucune de ses promesses n’ont été tenues et les licenciements se chiffres par centaines. Il est bien un homme/manager de notre époque capitaliste, là pour faire du fric à tout prix sans se soucier sur quoi et sur qui. La prise en main de son groupe a rendu encore plus précaires, plus épuisantes les conditions de travail de ces femmes de la base en contact avec les seniors. Les démissions et abandons de poste se multiplient et le service à la personne s’en ressent énormément. Qui trinque ? Nos petits vieux maltraités et qui boit jusqu’à la lie ? Ces faiseurs de fric !
En conclusion : une société qui ne prend en compte que ceux qui produisent et consomment et qui laisse sur le bas-côté les « improductifs », les vieux et les enfants, ne peut que disparaître, car ce qui a fait la force de l’humanité a été sa capacité à l’empathie, à protéger les plus faibles ; et non pas, soit les négliger ou les exploiter.
Honte à nous tous !
Georges ZETER/ aout 2025
Vidéo : Précarité : peut-on encore vieillir dignement ?
/image%2F1017395%2F20250812%2Fob_aefda8_ag-fautrier-copy.jpg)