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Georges L. ZETER

Georges L. ZETER

Ici tout va bien, exceptée la réalité - Here? Everything goes well, except reality.


Maripa Soula : Aloukou et blessures

Publié par Georges Zeter sur 2 Janvier 2013, 20:17pm

Catégories : #ECOLO-Un con-patible

le-pangui-des-femmes-aluku.jpg

http://www.dailymotion.com/video/xwepn4_maripa-soula-et-les-aluku_travel

Pour les Aluku les blessures sont nombreuses et depuis…

Un peu d’histoire

La région de Maripa Soula est habitée en majorité par deux peuples dont les racines territoriales sont souvent lointaines et dispersées. Les Amérindiens gardent la mémoire des régions mythiques du nord du Brésil qui ont vu naître le peuple Wayana. Ils conservent aussi le souvenir vivant et originel du fleuve Tapanahoni au Surinam : « c’est de là que viennent nos ancêtres ». Les Aluku vivent sur le fleuve Maroni depuis plus de deux siècles. Ils forment une société de tradition orale, d'origine africaine. Les Aluku sont le seul des six groupes de Bushinengués des 3 Guyanes installé en Guyane Française. Leur territoire traditionnel se répartit entre le Haut et le Bas Maroni. Sa fraction la plus importante et la plus ancienne est située dans la région de Maripasoula. Elle se compose des villages de Maripasoula, Papaïchton, Kormontibo, Assissi, Loco, Tabiki (L'Enfant perdu), Agoodé (Boniville), en Guyane Française et Cottica au Surinam. Les Aluku sont donc attachés à la région médiane du Maroni « c’est là où on a enterré le cordon ombilical ».

Dans les années 1660, les premiers cas de fuite ou « marronnages » sont signalés dans la colonie anglaise aujourd’hui le Guyana, puis la colonie hollandaise, le Surinam. Des groupes d’esclaves en fuite armés, harcèlent alors les plantations, y dérobant armes, munitions et outils. En 1749 un premier accord est conclu entre les colons et Adoe, le chef de la tribu formée d’anciens esclaves : les Saramaka. Le gouverneur Wigbold Crommelin multiplie les traités de paix pour aboutir en 1767, à une situation supposée stable : les groupes tribaux déjà constitués, les Saramaka et les Djuka se voient reconnaître leur droit à l’existence et à leur liberté.

Ces concessions eurent des contreparties drastiques : les tribus durent se fixer sur des territoires précis et ne pas avoir de contact entre elles. Ces tribus s’engagèrent aussi à poursuivre activement les fuyards des plantations et devinrent ainsi les chasseurs des esclavagistes. Vers 1770 sous l’autorité d’un chef de guerre nommé Boni Bokilifu, les Aluku menèrent des raids contre les plantations. Des combats meurtriers contre les soldats hollandais et une lutte fratricide contre les Djuka s’engagea. Cette période de durs combats les conduisit à demander et à obtenir l’asile en territoire français en 1776, d’où ils poursuivirent leurs raids contre les plantations hollandaises. La mort du chef Boni et de son adjoint Cromantin, tués par les Djuka en 1791, signa une défaite militaire qui confina et isola les Aluku pendant près d’un siècle au sud du Maroni.

Les Aluku de par cet isolement devinrent des maîtres constructeurs de pirogue, des artisans de talent, d’ingénieux bâtisseurs d’habitations à la décoration élaborée, de solides piroguiers. Des chasseurs, pêcheurs et cueilleurs. Et cet isolement forcé permit aussi à la communauté de cultiver une certaine intimité de bon voisinage avec les peuples Amérindiens. 

Qu’en est-il aujourd’hui ? 

On doit la création de Maripa Soula, au préfet Vignon, en charge de la Guyane entre les deux guerres. Il  s’ému de la condition des orpailleurs (souvent des créole) isolés dans la forêt. Le bourg fut fondé afin d’offrir une église, la protection d’une gendarmerie et le bénéfice de quelques services et magasins.

Privée de tout accès routier, la commune de Maripasoula, la plus vaste de France avec 18 683 km2, n’est reliée au littoral guyanais que par le fleuve Maroni et par l’avion. Le problème de l’enclavement s’ajoute à un gros déficit d’équipements. De nombreux villages de la commune n’ont pas d’électricité. En ce qui concerne l’eau potable, si l’approvisionnement est correct dans les principaux bourgs, la plupart ne disposent au mieux que d’un robinet collectif. Il n’y a qu’une seule piste  de terre de 40 km reliant Maripa Soula à Papaï chton, impraticable 6 mois par an.

 

L’impression qui domine c’est que la « modernité » est tombée soudainement sur le crâne de ces habitants du bout du monde. D’une société autosuffisante on est passé à une société dépendante, et ce, en l’espace d’une génération. Selon Bernard Delpech, dans Les Cahiers d'Outre-mer, n°182 : « Les Boni subissent la déstabilisation de la base matérielle traditionnelle, la transformation des mentalités, l’altération des règles de vie collective » ; comme tu dis Bernard ; « ils » subissent !

 

Lorsque je regarde certains documentaires tournés dans les années 60/70, où d’athlétiques hommes vaquent à leurs occupations coutumières, où, de belles jeunes femmes s’occupent de leur progéniture, déjà nombreuse mais policés. Et que je compare avec ce que j’y ai vu aujourd’hui : des hommes avachis et bedonnant dans leur hamac ou conduisant comme des fous des 4x4 ou des quads ; des grosses bonnes femmes jeunes entourées d’une tripotée de marmots, souvent presque nus lorsqu’ils sont en bas âge, mais bien souvent insolents et malpolis… Je me dis que ce qui est pompeusement appelé « la société moderne » aurait dû rester à la lisière de la forêt.

Venir vivre dans ce genre d’endroit doit être motivé je pense, par l’envie d’y apprendre quelques choses. Personnellement j’aurais aimé apprendre l’artisanat sur bois des Aluku que je trouve merveilleux. J’ai donc posé la question à mes élèves « qui parmi vous dans sa famille a un homme qui connait le travail sur bois artisanal ? » Sur mes 140 et quelques élèves seulement une dizaine de doigts se sont levés, et au final, une seule élève voulait bien que je rencontre son oncle…

Vous allez dire que je juge, mais je trouve si dommageable que ce peuple débrouillard et créatif soit devenu un groupe de « consommateurs » lambdas pas plus fufutes que ses compatriotes métropolitains qui il n’y a pas si longtemps aussi savaient être autonomes… Il est vrai qu’il est beaucoup plus facile de vendre une boite de petits pois de 1 kg à 5 euros, que d’essayer de produire ses aliments. Comme le nombre d’enfants augmente de manière exponentiel, et que donc, les écoles et le collège ont besoin de + en + d’enseignants, ces « métros » représentent une manne non négligeable de revenus sans trop se casser les pieds à travailler dans l’abattis ou d’aller pêcher ou chasser. A des 500 ou 600 euros et + de loyer, dans bien souvent des gourbis à rats et des prix qui écrasent les prix en ce qui concerne l’alimentation, pourquoi se faire bouillir la rate au court bouillon alors, que le « client » est là, bien résigné et prêt à être tondus comme un mouton…  Pourquoi se gêner ?

 http://www.dailymotion.com/video/xweq84_les-medecins-de-maripasoula_travel

L’argent « braguette »

Ah !  Les allocs quelle belle invention. Dans le petit film sur la médecine à Maripa Soula ci-joint, vous entendez : « cette jeune femme de 21 ans qui vient accoucher de son 5ème enfant… »  Au fait combien ça coûte une maman de 5 enfants, déclarée vivant seule ? Suffit d’aller sur le site de la sécu.

Allocations familiales 603 € + 162 € complément familial.
http://www.securite-sociale.fr/chiffres/…
RSA si elle ne travaille pas (et elle ne travaille pas) : 1012 € pour 3 enfants + 184 € par enfants supplémentaires.

http://www.rsa-revenu-de-solidarite-acti…

+ Allocation logement (variable) + droit EDF tarif social

+ Allocation de rentrée scolaire : Pour la rentrée scolaire 2012-2013, l’Ars est revalorisée : son montant est de 356,20 € pour chaque enfant âgé de 6 à 10 ans, de 375,85 € pour les enfants âgés de 11 à 14 ans et de 388,87 € pour les enfants âgés de 15 à 18 ans.

 Je ne veux pas stigmatiser, mais faites le total par vous même… J’ai entendu que le « record » dans le village est une mère qui a 18 mômes… Quelle tristesse que ces femmes transformées en machine à fabriquer de l’enfant… 

 Personnellement je veux tirer un grand coup de chapeau au corps médical présent sur le dispensaire qui chaque jour produit des miracles.  Merci à vous tous !

Et pour ne rien arranger, ya cette saloperie d’or. Qui pourrie les mentalités.  Mitterrand disait que l’argent pervertie, et bien l’or lui… Appauvrie ce qu’a été une vraie civilisation de droit coutumier qui avait su couper ses chaînes… Et 200 ans plus tard s’en créer d’elle-même.

Une « balade » pour rejoindre la « civilisation

 … L’eau est courte, et le fond touche, bute. Le moteur pétarade et risque d’exploser ; tout le monde doit descendre pour porter sur ses épaules la pirogue de 8 mètres de long. Les hommes, les femmes, les fus et la bouffe.  Pas de bol, les bidons d’essence de 200 kilos qui pèsent à cause de ça on a raclé le fond.

Va falloir porter la barque à dos au dessus du « saut », de la cascade d’eau ; L’embarcation haut de la chute d’eaux.  Et ça va se répéter souvent. Car le fleuve est si bas en ce décembre 2012 en direction de St Laurent du Maroni en aval ; on descend le fleuve. Patauger dans la flotte et aussi sur la boue des berges…  En saison humide c’est 10 tonnes, en saison sèche c’est 2 ou 3 tonnes… Ya toujours le risque de se faire piquer par une raie ; son dard s’enfonce dans le pied et le transperce de part en part.  Sa piqûre va nécroser les chaires ; ça veut dire et qu’il va y avoir de la « viande » morte qui va puer et mettre des mois à se cicatriser… Entre 17 heures et 19 heures ne pas marcher dans le fleuve… La piqûre est si douloureuse que même les plus costauds hurlent. Et le souffle se fait court et les mouches fer attaquent, piquent en laissant des billes noires sous la peau devenue rougeâtre ; ça saigne et on ferme les yeux, car c’est comme ça !

Le soir descend vite, va falloir installer le hamac sous un carbet de fortune ; épuisés. Ingérer un peu de boustifaille salement saumâtre et étendre la moustiquaire pour s’écrouler d’impuissance… C’est ça le « fleuve » et il se mérite au prix de vie.

Ce sont les conditions de transport en commun entre Maripa Soula et St Laurent du Maroni. De 2 jours à 4 jours pour suivre le cours de l’eau bouillonnant, remplie de rochers à fleur, prêt à éclater la coque de la pirogue. Il ne fait pas moins de 35 à l’ombre, les bestioles attaquent et l’homme malgré sa bonne volonté s’épuise. Sans parler de l’humidité qui fait que vite on sent l’ammoniaque qui dévore et que les tee-shirts se dissolvent sous l’aulne des acides corporels.

… Et ça… Depuis des lustres est la réalité des Boni, des Wayana, des Créoles, des Métros, des... Toutes les ethnies, toutes les couleurs… Sinon… Ben tu prends l’avion !

 

Voilà, ce que j’avais à dire pour clore l’épisode Maripa Soula, et j’ajoute : - Mi e gwe ! (Au revoir)

 

Georges Zeter/Janvier 2013

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